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Article de la Gazette du Val d’Oise du 8/10/21 par Fabien Cahen

Justice des mineurs. Un passage par la ferme de Montmagny pour éviter la récidive

Justice des mineurs. Un passage par la ferme de Montmagny pour éviter la récidive

La protection judiciaire de la jeunesse (Pjj) propose des actions dans le parcours de « réparation pénale » des mineurs sous-main de justice.

La sensibilisation aux responsabilités citoyennes, comme le tri des déchets, est abordée lors des journées proposées par la protection judiciaire de la jeunesse. ©Fabrice Cahen

Huit mineurs (dont un mineur non accompagné) et leurs quatre éducateurs, issus du centre éducatif fermé de Saint-Brice-sous-Forêt et d’un foyer de Villiers-le-Bel, se sont rendus à la ferme de la Butte Pinson à Montmagny (Val-d’Oise), jeudi 30 septembre 2021, pour une journée de sensibilisation à la protection de l’environnement, alors que la réforme de la justice pénale des mineurs entrait en vigueur.

« Des groupes de mineurs de la Pjj viennent chaque jour à la ferme. Nous sommes une étape dans leur prise en charge », explique Julien Boucher, responsable de la Ferme d’Espoirs de Montmagny.
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Cette association œuvre à la reconquête et la requalification de territoires délaissés, comme les friches d’anciennes activités devenues des lieux dégradés. Elles procède à leur réhabilitation en y associant les habitants et invite régulièrement des personnes en difficulté sociale.

Évasion
Le site du parc de la Butte Pinson a été retenu par le ministère de la Justice dans le cadre des heures de Tig (Travail d’intérêt général). Une mesure pour éviter la prison… ferme.

La ministre Nicoles Belloubet s’y était déplacée en 2018. C’est elle qui a amorcé la réforme de la justice pénale des mineurs. Dossier repris par l’actuel garde des Sceaux, Éric Dupont-Moretti.

La ferme pédagogique de Montmagny reflète ce qui peut être proposé comme voie de réinsertion sociale. L’espace naturel est une évasion pour les mineurs pris en charge par les services de la protection judiciaire.

« On connaissait l’existence de la ferme de Montmagny, mais nous n’avions jamais envisagé y venir, explique Émeline Dieudoné, éducatrice au foyer de Villiers-le-Bel. Pour eux, c’est un moment de découverte. Certains jeunes ne connaissaient même pas les animaux de la ferme. »

« L’éducatif primera toujours sur le répressif »
Là ou leur parcours a dérapé vers le délit mineur pour certains, mais aussi la violence, pour d’autres, la sortie trouve son sens, dans l’ouverture au monde qui les entoure et qui leur est souvent étranger.

« De nombreux mineurs délinquants évoluent en milieu urbain qu’ils ont peu quitté depuis leur enfance », explique-t-on à la protection judiciaire de la jeunesse.

Pour l’occasion, les encadrants de la ferme proposent une balade avec le troupeau de chèvres et un ramassage des nombreux déchets qui jonchent le parc régional.

Cette expérience d’une journée est l’occasion d’aborder l’orientation socioprofessionnelle du mineur. C’est un moyen de l’impliquer dans des responsabilités.

« Ça peut être un tremplin vers une envie de travailler », espère Émeline.

La journée pédagogique est aussi appréciée par les éducateurs, tout autant habitués à évoluer en « milieu fermé ». Ils partagent le même sentiment que les mineurs sur cette expérience à la ferme.

« L’éducatif primera toujours sur le répressif », souligne-t-on à la direction régionale de la protection judiciaire de la jeunesse.

La réforme en détail
La justice des mineurs remonte à une ordonnance de 1945, qui a été modifiée 39 fois en 75 ans. Sa dernière réforme, entrée en vigueur le 30 septembre, a pour objectif de réduire le temps judiciaire. Actuellement, 45 % des mineurs jugés pour un délit ou méfait ont déjà atteint leurs 18 ans au moment de leur jugement. Alors qu’actuellement il faut 18 mois en moyenne pour qu’un jeune soit jugé, les délais sont raccourcis grâce à un jugement en deux temps.
Désormais, la procédure d’instruction devant un juge des enfants est supprimée. Cette mesure permettra de rendre un jugement sur la culpabilité du mineur dans les trois mois maximum. Les victimes seront plus rapidement indemnisées.
Par contre, pour des affaires criminelles, qui nécessiteraient des investigations sur les faits, l’information judiciaire devant le juge d’instruction est maintenue.
Un jugement sera prononcé en douze mois maximum. Seront pris en compte les progrès accomplis et des peines éducatives (stages, travaux d’intérêt général) pourront être prononcées.
S’il est déclaré coupable, le mineur sera suivi par un éducateur, sous contrôle du juge, pendant six à neuf mois de mise à l’épreuve éducative. Il sera pris en charge à l’aide d’une mesure éducative unique, s’adaptant à son parcours et pouvant être prolongée jusqu’à ses 21 ans.
Par cette réforme, le travail des éducateurs devrait être renforcé avec le mineur et sa famille, pour une meilleure prise de conscience de la portée de l’acte commis.

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